Contenu

Université de Toulouse Université Toulouse III - Paul Sabatier

Presse Annuaire Recherche avancée
19 nov.

Vous êtes ici : Accueil > La recherche

A la découverte des labos

A l'assaut du continent des déchets

Actualité

Chercheuse au laboratoire des Interactions Moléculaires et de la Réactivité Chimique et Photochimique, Alexandra Ter Halle est chimiste, créatrice de capteurs de pollution aussi petits qu’efficaces. Depuis 2014, elle est aussi la coordinatrice du volet scientifique de l’association « Expédition 7e Continent » qui a fait connaître au grand public les immenses concentrations de plastique flottant au cœur des océans. La jeune chercheuse répond à nos questions à l’occasion du passage à Toulouse de l’équipe au complet. Leur objectif : alerter l’opinion. Quinze millions de tonnes de plastiques sont jetées à la mer chaque année, les fragments attirent les polluants puis sont ingérés par les poissons et remontent la chaîne alimentaire…

Alexandra Ter Halle ©Expédition 7è Continent

Alexandra Ter Halle ©Expédition 7è Continent

Un véritable continent de déchets plastiques s’est étendu ces dernières années dans plusieurs régions du Pacifique et de l’Atlantique. Comment êtes-vous venue à vous y intéresser ?

En 2013, j’ai été contactée par l’association « Expédition 7e Continent ». J’avais développé et breveté des capteurs faciles à utiliser et qui piégeaient très vite les polluants. L’équipe souhaitait les utiliser pour étudier le transport de polluants par les plastiques. Je suis partie sur leur voilier en 2014. L’expérience a été incroyable. Le bateau a démâté. L’équipage s’est soudé. On a vécu des moments très forts. De fil en aiguille, je me suis retrouvée en charge de l’animation scientifique du projet.
Une quinzaine de centres de recherche participent à l’aventure. On le sait peu mais les laboratoires toulousains y jouent un rôle majeur. 
Des statisticiens de l’Institut de Mathématiques de Toulouse étudient le processus de fragmentation des plastiques. Des collègues de l’Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse analysent le comportement des particules dans les colonnes d’eau et essaient de modéliser leur dépôt sur les fonds marins. Le centre Géosciences Environnement Toulouse recherche la présence de métaux lourds dans les plastiques. Au sein du laboratoire Ecolab, Loïc Ten Hage évalue les modifications des écosystèmes provoquées par les micro-algues qui s’accrochent aux déchets sur de longues distances. Le CNES et Mercator-Océan surveillent l’évolution de ces soupes de plastique qui sont piégées par les courants marins à l’intérieur de gigantesques tourbillons océaniques qu’on appelle les gyres. Mon propre laboratoire des Interactions Moléculaires et de la Réactivité Chimique et Photochimique (IMRCP) consacre une part de son activité au projet.

Quelles sont les spécificités des capteurs de pollution que vous avez développés et qui sont utilisés par l’expédition ?


Mes capteurs absorbent les polluants très rapidement. Ils agissent en deux heures là où l’on devait attendre un mois. Ils sont aussi très faciles à manier. Ce sont des sortes de pastille de deux centimètres de diamètre, qui ressemblent à de petites éponges molles, de la consistance d’une bougie. Conçus à partir d’huile gélifiée, ils attirent les particules hydrophobes.
Leur efficacité est due avant tout à leur porosité, obtenue de manière originale. En fait, nous utilisons du sucre cristal puis nous moulons les pastilles autour. Quand les pastilles sont solidifiées, il suffit de les plonger dans l’eau pour que le sucre se dissolve, les cristaux ont permis alors de créer des milliards de petits trous. Au final, chaque pastille a ainsi une surface de contact avec l’océan équivalente à un terrain de tennis.
Ces petits capteurs sont utilisés pour détecter les polluants mais aussi directement pour décontaminer. Je mène notamment un projet de dépollution avec l’Equateur, où l’exploitation pétrolière a rendu certaines eaux impropres à la consommation.

L’association « Expédition 7e Continent » interviendra à Toulouse les 3 et 4 juin pour sensibiliser l’opinion publique aux conséquences de la prolifération des déchets plastiques. Qu’en attendez-vous ?


Mon expédition de 2014 m’a ouvert les yeux. Il y a de gigantesques soupes de plastique au milieu des océans. On estime leur surface à 6 fois la surface de la France. Et ce n’est que la partie immergée du problème. On pense n’avoir repéré qu’1% environ de ces déchets. De nouvelles méthodes d’échantillonnage doivent être développées pour en savoir davantage.
Mais d’ores et déjà on sait que le phénomène est directement lié aux activités humaines, aux rejets sauvages transportés par les ruisseaux, les rivières et les fleuves. Récemment, nous avons mené une opération avec une classe de 20 élèves à qui on a demandé de nettoyer les berges de la Seine sur deux cent mètres. En vingt minutes, ils ont ramassé 200 kg de déchets !
On retrouve désormais dans l’estomac des poissons et des oiseaux de plus en plus de déchets plastiques et dans leur sang des composés chimiques néfastes. Nos expéditions contribuent à mieux comprendre la constitution de ces agglomérats et leurs conséquences sur la vie humaine et sur la vie tout court.

 
  • Pour aller plus loin
Le site du laboratoire des IMRCP (unité mixte de recherche CNRS / université Toulouse III – Paul Sabatier)
Le site de l’association « Expédition 7e Continent »
Dans le cadre d'une tournée pédagogique, retrouvez la caravane pédagogique « Expédition 7e Continent » les 3 et 4 juin, Place de l'Olivier à Toulouse.

Dates
le 31 mai 2016

Date de mise à jour 25 janvier 2017


Recherche d'une actualité

Recherche d'une actualité

Université Toulouse III - Paul Sabatier - 118 route de Narbonne 31062 TOULOUSE CEDEX 9 téléphone +33 (0)5 61 55 66 11