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A la découverte des labos

Compléments minceur "naturels" : elle sonne l'alarme

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Affiner sa silhouette, éliminer les rondeurs superflues avant la plage. Et simplement avec des plantes. Qui n’en rêverait pas ? Mais attention ! Beaucoup de compléments minceur « naturels » vendus sur internet contiennent de véritables médicaments, et parfois des médicaments retirés du marché en raison de leurs effets secondaires ! Myriam Malet-Martino, professeure de chimie à l’université Toulouse III - Paul Sabatier, et son équipe du laboratoire de Synthèse et Physico-Chimie de Molécules d'Intérêt Biologique (SPCMIB), ont dénoncé ce trafic dès 2008. Depuis lors, ils ont analysé près de 400 gélules. Résultats consternants. Près de 60% des compléments minceur sont contrefaits et beaucoup potentiellement dangereux. La situation est pire pour les boosters de libido. Mais les autorités sanitaires sont désormais en alerte, et les douanes en action.

Myriam Malet-Martino ©A. Labat, DR.

Myriam Malet-Martino ©A. Labat, DR.

Pharmacienne à l’origine, devenue professeure de chimie, Myriam Malet-Martino s’est spécialisée dans l’analyse de produits complexes grâce à la résonance magnétique nucléaire à haut champ. « C’est une technique très coûteuse mais qui permet par exemple de connaître en une seule fois la composition chimique d’un comprimé. En 2007, de retour d’un voyage en Chine, j’ai eu l’idée d’utiliser cet outil de recherche pour analyser des compléments alimentaires achetés là-bas. Je voulais lister les plantes utilisées par les pharmaciens chinois. J’ai été très surprise de ce que nous avons trouvé », raconte-t-elle.

Le début d’une aventure de plusieurs années. « Nous avons commencé par tester des compléments minceur puis avons élargi les analyses aux compléments contre le dysfonctionnement érectile, arrivant ainsi à près de 400 produits. A côté des extraits de plantes indiqués sur l’étiquette, dans 65% des cas, nous avons trouvé dans les gélules achetées via internet, des médicaments que les consommateurs ingèrent ainsi sans le savoir, donc sans tenir compte des contre-indications et sans connaître leurs effets secondaires plus ou moins dangereux. Pour ce qui concerne les amaigrissants, la moitié contenait des médicaments qui avaient été retirés du marché en raison des risques qu’ils faisaient courir », explique Myriam Malet-Martino, citant notamment la sibutramine, coupe-faim dangereux pour le cœur, interdit en France, ou la phénolphtaléine, laxatif potentiellement cancérigène et également interdit.

Maigrir grâce au thé vert et à l’aubier de tilleul,...  L’argument du naturel paie. Le marché des compléments naturels est en pleine expansion. Mais insuffisamment contrôlé. « Au début, nous avions un peu l’impression de prêcher dans le désert. Mais nos analyses ont contribué à une prise de conscience des autorités. Nous collaborons aujourd’hui avec l’Agence nationale de sécurité du médicament et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, qui soutiennent tous deux nos recherches », se réjouit la chercheuse.
 

La chasse aux compléments alimentaires adultérés devrait aussi profiter des progrès technologiques. « Nous travaillions au départ avec des outils qui valaient quelque 700 000€. On obtient aujourd’hui de bons résultats avec des appareils à 90 000€ utilisant la résonance magnétique nucléaire à bas champ. Cela va diminuer le coût des analyses et peut-être permettre de multiplier les contrôles », explique Myriam Malet-Martino.

La chercheuse est cependant consciente des limites de ses efforts. « Aux Etats-Unis, il n’y a pas moins de 85 000 compléments alimentaires recensés. En analyser quelques centaines par an comme nous le faisons n’est pas suffisant. Il faudrait passer rapidement à la vitesse supérieure, et également prévenir les consommateurs. Aux Etats-Unis, les autorités mettent en ligne systématiquement la liste des produits frelatés. Il faudrait que nous informions de la même manière le grand public ».
 
 
  • Pour en savoir plus
Le site du laboratoire de Synthèse et Physico-Chimie de Molécules d'Intérêt Biologique (SPCMIB : unité mixte de recherche CNRS / Université Toulouse III - Paul Sabatier)
Un dossier sur les compléments alimentaires de la revue Sciences et Santé

Dates
le 10 juillet 2015

Date de mise à jour 28 janvier 2016


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