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22 nov.

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A la découverte des labos

Dérèglement climatique : les zones humides sous surveillance

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Cours d’eau, lacs, deltas, marais, lagunes,… les zones humides représentent 5% de la surface du globe mais leur rôle écologique est crucial et leur sort est précaire, soumis aux évolutions du climat et aux dégradations des hommes. Fabrice Papa, chercheur IRD au Laboratoire d’Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales (LEGOS), a contribué à la création de la première carte mondiale à haute résolution de ces territoires. Un travail de grande ampleur pour repérer et analyser les changements en cours. Et pouvoir agir en conséquence.

Quels sont les enjeux de vos travaux ? Pourquoi est-il important aujourd’hui de pouvoir analyser l’évolution des zones humides ?

Les zones humides, qu’elles soient permanentes ou non, abritent une très forte biodiversité qu’il est nécessaire de préserver dans une période où la biodiversité globale diminue très fortement à l’échelle de la planète. Elles permettent aussi de moduler les températures de surface, de limiter les pics de froid et de chaleur. Elles jouent également un rôle dans le cycle de l’eau et donc influent sur le rythme local des précipitations. Il ne faut donc pas qu’elles se rétractent trop sous l’effet de la pression immobilière ou de la montée des eaux océaniques, ce que l’on voit dans de nombreuses régions du monde, notamment au Bangladesh.
Mais ces zones sont également importantes d’un point de vue biogéochimique car ce sont les lieux du globe qui émettent le plus de méthane. Or ce gaz, issu de la décomposition de matière organique, suscite un effet de serre quatre fois plus puissant que le CO2 dont on parle tant d’ordinaire. Il ne faut donc pas non plus que ces zones humides s’étendent trop.

Comment les chercheurs ont-ils procédé pour établir une cartographie évolutive?

Le projet se heurtait à de nombreuses difficultés. En particulier, beaucoup de zones humides se trouvent sous un couvert végétal et nuageux dense et sont donc difficiles à repérer. Nous avons bénéficié de nombreuses données issues de l’observation spatiale que nous avons appris à traiter avec des algorithmes adaptés pour détecter la présence d’eau.
Nous sommes d’abord parvenus à obtenir des images avec une résolution de 25 km, ce qui était insuffisant pour notre projet, puis, en utilisant les Big Datas, nous sommes arrivés à une résolution beaucoup plus satisfaisante de 90 mètres. Nous avons alors pu établir une cartographie des zones humaines de 1993 à 2007.

Comment cette cartographie va-t-elle pouvoir être utilisée concrètement ?

Les utilisations sont d’abord scientifiques. Cette cartographie va permettre de mieux calculer les émissions locales de méthane et donc de faire progresser les recherches sur les émissions de gaz à effet de serre. Elle va également permettre d’apprécier plus précisément les ressources en eau et donc de pouvoir mieux gérer ces ressources. Elle permet enfin d’affiner les modèles qui décrivent actuellement des phénomènes comme les crues, les moussons, les cyclones ou les tempêtes, ce qui peut servir pour améliorer la qualité des prédictions et pouvoir ainsi prévenir en amont les populations concernées.
En 2021, un nouveau satellite franco-américain baptisé Swot va être lancé qui permettra d’améliorer encore la qualité des données obtenues. Nous serons à même de calculer le débit de tous les fleuves mondiaux.

Quel est l’apport spécifique de votre laboratoire, le LEGOS, à ce projet international ?

Ce projet a associé les compétences du LEGOS avec celles d’un autre laboratoire, le Laboratoire d'étude du rayonnement et de la matière en astrophysique et atmosphères (LERMA). Le LEGOS est réputé pour être un pionnier au niveau mondial dans le domaine de l’hydrologie spatiale. Il participe actuellement de manière très active à la conception des capteurs qui seront embarqués sur le satellite Swot.
J’ai effectué ma thèse de doctorat au sein du LEGOS il y a quinze ans, quand ce secteur de la recherche en était à ses débuts, avant de travailler une dizaine d’années à la Nasa puis d’être embauché par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).
J’effectue depuis cinq ans mes recherches au sein d’un laboratoire mixte international qui associe à Bangalore le LEGOS et l’Institut Indien des Sciences.

 
  • Pour aller plus loin
Le site internet du LEGOS (unité mixte de recherche CNES / CNRS / IRD / UT3 Paul Sabatier)
Présentation du projet de recherche sur le site du LEGOS
"Anticiper les crues sur les côtes du Bangladesh" un court documentaire présentant le projet Belmont Band-Aid, d’information en continu des populations locales
 

Dates
le 31 mai 2017

Date de mise à jour 30 mai 2017


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