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15 déc.

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A la découverte des labos

Elle décortique le cerveau des abeilles

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Il s’en est fallu d’un cheveu qu’Aurore Avarguès-Weber renonce à la recherche. A 31 ans, cinq ans après avoir soutenu sa thèse de doctorat, elle n’avait toujours pas de contrat stable dans un laboratoire. Elle s’était presque décidée à abandonner pour devenir enseignante de lycée. Mais en un an, changement de la donne : la jeune chercheuse a obtenu quatre prix pour ses travaux, et décroché un poste au Centre de recherches sur la cognition animale (CRCA).

Elle va pouvoir se consacrer comme elle l'entend à l'étude des abeilles, ces insectes en grand danger, qui, a-t-elle montré, ont d'incroyables capacités.

Prix national puis international de la fondation L'Oréal-Unesco, Prix de la Société française pour l'étude du comportement animal, Prix de l'Union internationale pour l'étude des insectes sociaux ! « C'est un cercle vertueux. J'ai reçu grâce à ces prix des sommes qui me permettront de développer mes recherches, et suivi des formations très utiles. Nous aimerions que mon mari, physicien, trouve également un poste, et tout serait parfait », observe la jeune femme.

Ses récompenses, elle les doit à ses travaux originaux sur les compétences des abeilles. « Lorsqu'elles butinent, on sait qu'elles vont jusqu'à dix kilomètres de leur ruche pour trouver du pollen.  Elles doivent repérer les caractéristiques des fleurs qui ont du nectar pour aller visiter ensuite des fleurs équivalentes. Elles voient assez flou, ne perçoivent pas la couleur rouge, mais pour s'en sortir, elles ont développé des compétences hors du commun »,  expose la jeune chercheuse.

A la différence de la plupart des animaux, mais comme les humains, les abeilles voient les choses de manière globale avant de s'intéresser aux détails, a-t-elle démontré. « Elles appréhendent les liens entre les objets. Elles sont capables par exemple de distinguer le dessus du dessous, le grand du petit, des concepts que les enfants en dessous de six ans ne maîtrisent pas. Elles reconnaissent un visage, même s'il est présenté alternativement de face ou de profil. Elles savent même identifier les quantités. On a prouvé qu'elles pouvaient compter jusqu'à cinq  », explique Aurore Avarguès-Weber.

Aurore Avarguès-Weber - DR

Sa passion pour le comportement animal ne date pas d'hier. « Enfant, j'aimais beaucoup les documentaires animaliers. Mais je n'étais pas obnubilée. J'ai choisi de faire une classe prépa bio après le bac parce que le programme me semblait bien diversifié. J'ai intégré ensuite l'école normale supérieure de Cachan, mais ne me suis spécialisée dans l'étude des animaux qu'au niveau de mon master », raconte-t-elle.

Dans son laboratoire, elle teste les compétences des abeilles en mettant des gouttelettes d'eau sucrée sur certaines images, pour voir si elles iront ensuite butiner prioritairement les images équivalentes. « Après 30 essais-erreurs, nous voyons qu'elles apprennent la notion de taille par exemple, dit-elle. Des recherches récentes ont même montré que les abeilles étaient conscientes de leur capacité à réussir ou non une tâche. On a vu qu'elles choisissaient de ne pas tenter si elles trouvaient l'exercice trop difficile » !

Incroyables abeilles, qui, lorsqu'elles commencent à butiner, ne vivent que trois semaines. Le défi est aujourd'hui de comprendre les mécanismes neuronaux qui confèrent de telles facultés à leurs cerveaux minuscules. « Chez les humains, ces capacités sont liées à l'activité du cortex préfrontal, on les a repérées aussi chez les dauphins ou les chimpanzés, mais on ne les attendait pas chez les abeilles. Des roboticiens tentent de modéliser ces compétences, mais pour le moment, ils n'y parviennent pas ».


  • Pour en savoir plus
Centre de recherche sur la cognition animale (Unité mixte de recherche Université Toulouse III - Paul Sabatier / CNRS)
L'article de recherche qui a suscité les récompenses
Le communiqué du CNRS

Dates
le 12 mai 2015

Date de mise à jour 16 novembre 2015


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