Contenu

Université de Toulouse Université Toulouse III - Paul Sabatier

Presse Annuaire Recherche avancée
24 sept.

Vous êtes ici : Accueil > La recherche

A la découverte des labos

Iakoutes : comment une population turque s’est épanouie dans le grand nord

Actualité

Venus des steppes du nord de la Mongolie, ils se sont installés au XIVème siècle dans le nord-est de la Sibérie. Ils ont su s’adapter aux températures glaciales, ont survécu aux conditions les plus extrêmes. Puis les Russes sont arrivés. Les Iakoutes ont-ils alors été vaincus, comme le pensait l’histoire soviétique officielle ? Rien n’est moins sûr. Eric Crubézy, directeur de la mission archéologique française en Sibérie orientale, a mis en évidence leur incroyable capacité de résistance. Il vient de publier chez Odile Jacob un livre grand public sur la réussite hors norme de ce peuple du grand nord.

©

© "Tournez S’il Vous Plaît !"

Pourquoi certaines sociétés parviennent-elles à survivre dans un milieu hostile ? Pourquoi d’autres s’effondrent-elles ? Dans le contexte actuel de dérèglement climatique, ces interrogations n’ont rien d’abstrait. Jared Diamond a consacré un livre devenu célèbre aux civilisations qui disparaissent. « Effondrements » raconte notamment la fin des Vikings et des habitants de l’Ile de Pâques. Eric Crubézy, directeur du Laboratoire Anthropologie Moléculaire et Imagerie de Synthèse (AMIS), s’intéresse pour sa part aux Iakoutes, un peuple peu connu du grand public, vivant aux confins du monde habité, mais qui a su se perpétuer pendant des siècles, malgré des températures descendant en hiver jusqu’à -70°C.

« Les tombes gelées que nous trouvons sensiblement à mi-chemin entre le Lac Baïkal et le détroit de Béring ont livré de très nombreuses informations. Nous pouvons étudier les offrandes funéraires, les vêtements, mais aussi les corps, leur génétique, leurs maladies, leurs microbiomes, dans une période, courant du 15ème siècle aux débuts de l’ère soviétique au 20ème siècle », explique Eric Crubézy.

Le chercheur et son équipe ont croisé ces données archéologiques et génétiques et les ont confrontées aux écrits relatant l’expansion russe en Sibérie orientale à partir des débuts du 17ème siècle. « Données archéologiques et génétiques d’une part et historiques d’autre part coïncident rarement. L’histoire écrite par les Russes qui ont pris le pouvoir, les vainqueurs, diffère de ce que nous trouvons dans les tombes des Iakoutes qui n’apparaissent pas comme des vaincus. Ainsi, au moment où les Russes considèrent qu’il n’y a plus de fourrures en Sibérie, les Iakoutes sont riches car c’est désormais eux qui ont pris le contrôle de la chasse et des ventes ! » Acteurs de la mondialisation avant l’heure, ils vendaient notamment des fourrures de zibelines aux Chinois.

Comment les Iakoutes ont-ils fait pour si bien résister ? Les recherches génétiques montrent qu’une tribu l’a emporté sur toutes les autres, et qu’un individu, fondateur de cette tribu au 17ème siècle, a eu rien de moins que 70 fils et petit-fils. Cet individu est aujourd’hui l’ancêtre de 20 à 30% des Iakoutes masculins à qui il a transmis ses gènes.

« Notre laboratoire est reconnu pour ce type de travaux qui prend en charge la problématique du terrain au laboratoire. Nous nous développons en accueillant cet été l’un des meilleurs spécialistes de la paléogénomique et son équipe. Il s’intéresse spécifiquement aux chevaux iakoutes qui possèdent des gènes communs avec les ours polaires et les mammouths et qui leurs permettent de résister au froid. Notre but est de mieux comprendre ces mécanismes génétiques d’adaptation », précise Eric Crubézy.

Mais la résistance hors du commun des Iakoutes repose aussi sur leur étonnante capacité de négociation. « Les Iakoutes avaient vécu pendant plusieurs siècles entourés de chasseurs-cueilleurs, mais lorsque les Russes sont arrivés et leur ont imposé de payer des taxes, ils ont été capables de demander à ce que leurs intérêts soient pris en compte, à être représentés. C’est un peu comme si des Indiens d’Amérique, au tout début de la colonisation britannique sur le territoire américain, avaient écrit au roi d’Angleterre pour réclamer des droits et avaient obtenu un statut », explique le chercheur.

Lors de la création de l’URSS, trois siècles plus tard, les Iakoutes ont su négocier leur autonomie à la tête d’un territoire de 3 millions de km², la 2ème république diamantaire au monde, contenant les plus grandes ressources en gaz naturel de la planète. Ils ont réussi pendant tout ce temps à conserver leur culture et leur langue. L’épopée iakoute n’en est probablement qu’à ses débuts.

 
  • Pour aller plus loin
Le site internet du laboratoire AMIS (unité mixte de recherche CNRS/UT3 Paul Sabatier)
« Vainqueurs ou vaincus ? L’énigme de la Iacoutie », Odile Jacob, 2017
« Les mystères de Kyys, la chamane des glaces », documentaire en ligne sur Arte


Dates
le 11 juillet 2017

Date de mise à jour 17 juillet 2017


Recherche d'une actualité

Recherche d'une actualité

Université Toulouse III - Paul Sabatier - 118 route de Narbonne 31062 TOULOUSE CEDEX 9 téléphone +33 (0)5 61 55 66 11