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La mer monte !

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La Camargue submergée, les stations atlantiques régulièrement inondées, les côtes du Nord Pas de Calais et de Haute Normandie très sévèrement impactées,… La France ne sera pas épargnée par la montée des eaux liée au dérèglement climatique. Faut-il d’ores et déjà empêcher les constructions à proximité des côtes ? Organiser le repli sur l’intérieur des terres ? Anny Cazenave, chercheuse au Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS) et membre de l’Académie des Sciences, tente de contribuer à une meilleure connaissance des risques subis par les zones côtières.

Anny Cazenave

Anny Cazenave

« La terre reçoit actuellement plus d’énergie du soleil qu’elle n’en renvoie vers l’espace en raison de l’accumulation dans l’atmosphère de gaz à effet de serre produit par les activités humaines. Les océans stockent l’essentiel de cette chaleur additionnelle  et se dilatent. La fonte des glaciers et des glaces polaires (Groenland et Antarctique) accroît par ailleurs les apports en eau douce. Selon les estimations actuelles, le niveau de la mer va monter de 50 cm à 1 m d’ici 2100, si notre mode de vie n’évolue pas. La France sera impactée comme d’autres pays  », observe  Anny Cazenave.

Lors d’un colloque qu’elle a organisé en 2013 au Collège de France (lorsqu’elle occupait la chaire annuelle ‘Développement Durable, Environnement, Energie et Société’), sur « le changement climatique, le niveau de la mer et la vulnérabilité côtière », la scientifique, membre du GIEC, a fait intervenir plusieurs spécialistes de la question, avec de premiers constats alarmants.

« Un quart des côtes françaises est déjà concerné par le risque d’érosion en raison de l’urbanisation et des tempêtes. La hausse du niveau de la mer constituera un facteur aggravant. On estime que 150 000 habitations seront inondées de manière permanente en 2100, et que quasiment autant seront sous les eaux à certaines périodes », observait ainsi Nicole Lenôtre, du Bureau de Recherche Géologique et Minière.

Sébastien Colas, du Ministère de l’environnement et du développement durable, pointait la très forte densité de nos régions côtières qui concentrent en moyenne trois fois plus de population que le reste du pays et huit fois plus de constructions.  Une urbanisation qui accroît sensiblement les risques.

« Du fait de sa situation géographique,  la hausse du niveau de la mer le long des côtes de l’Hexagone diffère peu de la hausse moyenne dans le monde. La montée des eaux sera plus importante dans les zones arctiques et tropicales, en particulier en Asie du Sud-Est. Des mégalopoles, comme Tokyo ou Bangkok, se sont enfoncées de plusieurs mètres ces dernières années après avoir en grande partie vidé les nappes phréatiques de leurs sous-sols. Elles sont soumises à des risques d’inondation importants », explique Anny Cazenave, qui rappelle aussi la situation de danger immédiat de territoires tels les atolls de l’archipel des Tuvalu dans le pacifique tropical ouest, qui plafonnent à un mètre au-dessus de la mer. « Depuis 1950, l’élévation de la mer relative à la côte atteint déjà 30 cm dans cette région, un effet combiné de la hausse de la mer et de l’enfoncement du sol », précise-t-elle.
 

« Mais il faut avoir conscience qu’une montée des eaux d’ampleur moyenne peut avoir un impact considérable lors d’évènements météorologiques exceptionnels, par exemple quand une tempête a lieu lors d’une grande marée. On a vu les effets de la tempête Xynthia », insiste Anny Cazenave.

Le Grenelle de la Mer a  abouti en 2012 à la mise en place d’une stratégie nationale pour la gestion des côtes. Dans le cadre du Plan climat, des groupes de travail contribuent également à l’analyse de la vulnérabilité des territoires face à la montée des eaux. « Mais les financements manquent pour étudier de manière précise l’impact de la montée des eaux sur les différents territoires, afin de guider l’action des aménageurs. Les côtes de la Mer du Nord seront parmi les plus touchées en Europe et l’Allemagne, par exemple, s’est mobilisée sur le sujet. Ce pays y consacre des moyens importants. Ce qui n’est pas le cas en France actuellement. Notre laboratoire peine à rassembler les fonds nécessaires pour lancer de nouvelles recherches sur les conséquences très locales de la montée des eaux », regrette Anny Cazenave.

 
  • Pour en savoir plus
Site internet du laboratoire d'Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales (LEGOS: Université Toulouse III – Paul Sabatier / CNRS / IRD / CNES)
«  Glaces continentales, niveau de la mer et climat », une conférence filmée d’Anny Cazenave, dans le cadre de son cours 2012-2013 au Collège de France
 « Adaptation des régions littorales françaises au changement climatique », un colloque filmé au Collège de France dans le cadre de la Chaire Développement Durable - Environnement, Energie et Société

Dates
le 10 juillet 2015

Date de mise à jour 28 janvier 2016


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