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17 déc.

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Limites planétaires de la biodiversité : science mal-fondée, politiques pernicieuses

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Une nouvelle étude internationale menée par des chercheurs de la Station d'Ecologie Théorique et Expérimentale (Moulis, France), du Trinity College (Dublin, Irlande) et de la Duke University (Durham, Etats-Unis) et publiée dans la revue Trends in Ecolgy and Evolution montre que la notion de limite planétaire pour la biodiversité et les tentatives récentes pour la chiffrer sont vagues et encouragent des politiques préjudiciables. L'étude suggère une alternative fondée sur les connaissances croissantes concernant les liens entre la biodiversité et le fonctionnement et la stabilité des écosystèmes. Les chercheurs posent la question de la façon dont nous devrions gérer les actions humaines qui nuisent à la biodiversité.

© Stuart Pimm

© Stuart Pimm

Une solution fait référence à la notion des limites planétaires en affirmant que les processus environnementaux globaux ont généralement des « points de basculement ». Cette idée de points de basculement implique l’existence de seuils qui, lorsqu’ils sont dépassés, entrainent un basculement des écosystèmes vers des nouveaux états qui sont généralement beaucoup moins favorables pour l’humanité. Cette notion implique que les activités humaines ne peuvent continuer que si elles restent dans une « zone sécurisée » située sous la ou les valeurs seuils.
 
Attirer l'attention sur les problèmes environnementaux mondiaux est certainement essentiel, alors quel problème y aurait-il de développer une autre approche, superficiellement attrayante, même si elle a des limites ?
 
« Le problème est que la notion de limites planétaires pour la biodiversité n’apporte rien à notre compréhension des menaces à la biodiversité et au fonctionnement des écosystèmes, n'est pas fondée sur des preuves scientifiques tangibles, est trop vague pour ceux qui gèrent la biodiversité et peut conduire à la promotion de politiques néfastes » déclare Jose M. Montoya, chercheur de la Station d'Ecologie Théorique et Expérimentale à Moulis, en Ariège. « Prenez la définition de limite. L'idée initiale était fondée sur l’étude des taux d'extinction des espèces. Il y aurait certainement des conséquences locales liées à la perte d'espèces, mais pourquoi y aurait-il un effondrement soudain des écosystèmes ? » déclare M. Montoya, avant d’ajouter : « Ni la théorie, ni les données empiriques ne supportent l’existence d’un seuil de biodiversité en-deçà duquel la fonction de l'écosystème est compromise. Face à ces failles fatales du concept initial, il y a eu une prolifération de nouveaux indices. Ils n'apportent aucune information utile. Même si nous étions en mesure d'estimer les données nécessaires, la définition d’un seuil resterait entièrement arbitraire. »
 
Bien que le concept de limite planétaire n’ajoute rien de nouveau à ce que nous connaissons au sujet des impacts globaux reliés aux activités humaines, son utilité pratique pour les gestionnaires de l'environnement pourrait éventuellement justifier son utilisation. « Indubitablement, le concept de limite planétaire manque de définitions claires ou concordantes, ne spécifie pas les unités de mesure, et ne définit pas les termes de manière opérationnelle, ce qui limite fortement son application par ceux qui définissent les politiques ou gèrent les ressources naturelles », explique Ian Donohue, du Trinity College (Dublin), co-auteur de l'étude. « Il y a des aléas moraux graves associés à cette vision du monde erroné. Premièrement, comme il n'y a pas de définition opérationnelle d’un espace sécurisé, affirmer que ceci permet une croissance dans des limites et croire que les actions humaines étaient autrefois soit bénignes, soit admissibles pour récupérer est une erreur », déclare Donohue. « Pire encore, si la planète ne s'effondre pas de manière évidente à nos yeux, alors sûrement, nous en déduirons que nous pouvons continuer à l'exploiter intensivement. Si nous suggérons qu'une catastrophe s'est produite et que les conséquences ne sont pas évidentes, alors comment les gestionnaires et les responsables politiques vont-ils faire confiance à la science que nous produisons ? Quand de mauvaises conclusions scientifiques façonnent les politiques, sa crédibilité future est compromise. »
 
Alors, comment les sciences de l'environnement peuvent-elles informer adéquatement ceux qui gèrent et définissent les politiques pour une chose complexe comme la nature ? Cette étude montre que la solution consiste à déterminer comment la perte de la biodiversité affecte les différentes facettes du changement des écosystèmes.
 
« Heureusement, des preuves de plus en plus nombreuses montrent que la perte de la biodiversité affecte les fonctions et la stabilité des écosystèmes. Nous pouvons maintenant évaluer et surveiller comment cela se produit, ce qui permettra ensuite de déterminer l'efficacité d'une politique environnementale donnée. L'accent doit être mis sur des échelles et des variables appropriées que nous pouvons mesurer efficacement et qui sont liées à des problèmes pratiques urgents »
, déclare Stuart L. Pimm, de l'Université de Duke (États-Unis), co-auteur de l'étude. « Par exemple, comment le fonctionnement des écosystèmes et les services associés dont nous bénéficions peuvent-ils se maintenir avec le changement climatique, en particulier lorsque les extinctions locales augmentent la sensibilité de la productivité des écosystèmes face aux extrêmes climatiques ? » ajoute-t-il. Cet exemple illustre la manière dont le changement écosystémique est graduel et inextricablement lié à la perte de biodiversité.

« Une politique appropriée signifie que nous n'avons pas d'autre choix que de comprendre la complexité de la nature dans les environnements que nous commençons à déchiffrer. Cependant, identifier ces complexités n'est pas suffisant, nous avons besoin des détails : quels aspects du changement d'écosystème voulons nous minimiser ? Quelles espèces sont vitales pour quels processus et comment ces derniers sont liés à nos systèmes sociaux et économiques », conclut Jose M. Montoya.
 
Pour lire l'intégralité de cet article, voir le site de l'institut écologie et environnement du CNRS.

Dates
le 24 novembre 2017

Date de mise à jour 24 novembre 2017


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