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22 nov.

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A la découverte des labos

Perturbateurs endocriniens : indispensables recherches

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Cancer, obésité, baisse de la fécondité… Les perturbateurs endocriniens présents dans de nombreux produits alimentaires ont des effets délétères avérés sur la santé humaine. Le laboratoire de Toxicologie alimentaire (Toxalim) participe à un projet européen destiné à mieux comprendre les mécanismes en cause.

© Toxalim

© Toxalim

Le projet européen PROTECTED vise à analyser l’effet des perturbateurs endocriniens présents dans les produits de notre quotidien. Vous-même travaillez sur la toxicité des produits naturels, notamment agricoles. Pourquoi participer à un tel projet ?

Isabelle Oswald : On le sait peu, mais certaines moisissures qui se développent naturellement sur les produits agricoles produisent des toxines dangereuses dont certaines ont des effets perturbateurs  endocriniens. Une de ces moisissures, Fusarium que l’on trouve en particulier dans le blé et le maïs, dans les champs et dans les lieux de stockage, produit des mycotoxines qui ressemblent de très près à des œstrogènes. Les jeunes truies nourries avec des céréales contaminées par ces moisissures présentent des malformations génitales mettant à mal leurs capacités reproductrices. Les éleveurs de porcs français sont d’ailleurs très sensibles au problème. 

Ces perturbateurs endocriniens d’origine naturelle impactent aussi la santé humaine ?


Les humains ont un régime alimentaire plus  varié que les porcs, nourris à 80% de céréales. Les effets sont donc forcément moins massifs. Il n’y a que peu d’accumulation de ces toxines dans les produits provenant d'animaux nourris avec ces céréales contaminées. On peut également imaginer que les humains sont relativement à l’abri en raison des règlementations. En principe, les céréales vendues sur le marché doivent répondre à des normes européennes strictes, avec une présence limitée de ces dangereuses toxines. Les jeunes truies atteintes sont souvent nourries avec des aliments produits sur place, dans les exploitations des éleveurs et qui échappent aux contrôles. Cependant, des doutes existent. Dans des cas de puberté précoce chez des jeunes filles, à Porto Rico, on a soupçonné une contamination de ce type, par ingestion de céréales contaminées par ces moisissures, sans pouvoir cependant en établir la preuve.

Le doctorant accueilli dans votre laboratoire va étudier l’impact de ces mycotoxines dangereuses sur l'intestin. Quel est l’enjeu ?

La mycotoxine dont il est question, la zéaralénone, qui ressemble étrangement à des œstrogènes, est ingérée avec les céréales qu’elle contamine. L'intestin est donc un organe très exposé.  Or, on sait que d’autres toxines ont un effet inflammatoire et/ou altèrent la fonction de barrière de l'intestin. Nous voulons savoir s’il en est de même avec la zéaralénone.
Si la barrière intestinale est bel et bien altérée, elle laissera passer ensuite dans le sang plus facilement d’autres toxines et/ou des agents pathogènes. En même temps, l’assimilation des nutriments indispensables posera problème. Les conséquences sur la santé sont donc importantes.
Nous cherchons à vérifier cette hypothèse et plus généralement à mieux comprendre les atteintes intestinales. Cette recherche concerne la zéréalénone mais les effets de cette toxine sont comparables aux effets de perturbateurs endocriniens d’origine chimique que nous ingérons également.

Vous travaillez en lien étroit avec un laboratoire de Belfast. Votre doctorant va y séjourner pendant un an. Quel est l’objectif de cette collaboration?

Ce laboratoire de l’université Queen de Belfast coordonne le projet européen PROTECTED qui regroupe 10 laboratoires dans 7 pays. Notre doctorant va y étudier les effets sur l’intestin produit par l’ingestion de plusieurs perturbateurs endocriniens à la fois. Le sujet est crucial car nous sommes de plus en plus soumis à des « cocktails » de produits perturbateurs et la compréhension des interactions est indispensable.
  
Isabelle Oswald
Directeur de recherche à l'INRA, Isabelle Oswald anime depuis 2002 l’équipe de recherche Biosynthèse et Toxicité de Mycotoxines du laboratoire de Toxicologie Alimentaire (TOXALIM). Elle intervient en tant qu’expert à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), à l’ILSI (International Life Sciences Institute) et à l’EFSA (European Food Safety Agency).

 
  • Pour aller plus loin

Le site internet de Toxalim (unité mixte de recherche INRA / INP Toulouse / UT3 Paul Sabatier)
Le projet PROTECTED

Dates
le 19 octobre 2017

Date de mise à jour 25 octobre 2017


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