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18 nov.

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A la découverte des labos

Sans cerveau mais capables d’apprendre et d’enseigner…

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Ce n’est ni une plante, ni un champignon, ni un animal, mais un peu de tout cela à la fois, un être primitif, né dans un temps où ces catégories n’étaient pas différenciées. Si on découpe en morceaux un blob, il cicatrise en un instant. Après s’être totalement desséché au point de paraître mort, il se régénère. Bien nourri, il peut doubler de taille en une nuit. Il se révèle surtout capable d’apprendre et de partager son savoir. Le « blob » passionne Audrey Dussutour, qui vient de lui consacrer un livre.

© Audrey Dussutour (CNRS)

© Audrey Dussutour (CNRS)

Elle étudiait les fourmis et en particulier leur façon de se nourrir. Mais Audrey Dussutour, un beau matin, a découvert les blobs et la jeune femme, chargée de recherche CNRS au Centre de Recherches sur la Cognition Animale (CRCA), s’est détournée des fourmis travailleuses pour tenter de comprendre le fonctionnement de ces grosses éponges jaunâtres à l’apparence gluante qu’on trouve en nombre dans les sous-bois depuis plusieurs centaines de millions d’années et dont les capacités n’ont pas fini de nous surprendre.

 « Le vrai nom de cet organisme est Physarum Polycéphalum. On les appelle des blobs en référence au film The Blob, dans lequel jouait Steve McQueen et où l’on voyait une masse rampante venue d’ailleurs qui dévorait les humains. C’est dire si les blobs suscitent un certain malaise. C’est la plus grande créature au monde composée d’une seule cellule. Elle peut s’étendre sur une surface allant jusqu’à 10m² et avancer à la vitesse de 4 cm à l’heure lorsqu’elle est affamée. Elle adore en particulier les champignons qu’elle dévore volontiers », observe Audrey Dussutour.

Mais c’est surtout l’intelligence étonnante de cet organisme sans système nerveux et sans cerveau qui fascine la jeune chercheuse. « Nous avons soumis les blobs à toutes sortes de tests, en regardant comment ils se débrouillaient pour obtenir de la nourriture dans des conditions compliquées. Cela nous a permis de repérer leurs étonnantes compétences », explique la chercheuse.

Audrey Dussutour a montré que les blobs étaient capables de sortir d’un labyrinthe pour se procurer de la nourriture et qu’ils choisissaient sans coup férir les aliments les plus aptes à leur croissance. Grâce à d’autres expériences, elle a mis en évidence le fait qu’ils surmontaient progressivement leurs réticences lorsqu’on leur proposait un aliment de choix en les obligeant à traverser un « pont » sans danger pour eux mais à l’odeur répulsive.

« Cette capacité d’habituation est importante. Elle permet de s’adapter à un contexte nouveau. Nous avons montré, que peu à peu, au bout de quelques jours, les blobs arrivaient à ne plus sentir une odeur désagréable ou tout du moins à avancer aussi vite que s’ils ne la sentaient pas »,  précise Audrey Dussutour.

Tout aussi important, elle a pu établir que les blobs, après deux journées sans être confrontés à ces expériences, oubliaient ce qu’ils avaient appris précédemment, et à nouveau freinaient lorsqu’ils devaient franchir l’obstacle odoriférant.

Mais ce sont ses derniers travaux, publiés à l’automne 2016, qui soulèvent le plus d’interrogations. « Nous avons voulu savoir si les blobs pouvaient s’enseigner les uns les autres, partager leurs savoirs. Nous avons pour cela entraîné 2000 blobs à traverser à un rythme normal des surfaces imprégnées d’une odeur qui leur était désagréable. Et nous les avons fait fusionner avec d’autres blobs qui n’avaient jamais été confrontés à ces expériences, des naïfs, pourrait-on dire », explique-t-elle.

Résultats ? Après une heure de temps passée à proximité immédiate d’un blob instruit, le blob naïf n’a rien appris du tout. Si on lui propose de traverser le pont, il sera hyper lent et réticent alors qu’il n’a rien à craindre. Mais si on le laisse trois heures à côté de son maître, une veine va progressivement se construire entre les deux créatures, un début de fusion s’opérer, et les connaissances seront transférées. Le blob naïf ne sera plus naïf, il traversera le pont à grande vitesse vers la nourriture, habitué à l’odeur désagréable qu’il n’a pourtant jamais lui-même affrontée.

« Nous avons mis en évidence qu’un blob instruit pouvait ainsi, en trois heures de temps, partager son savoir avec quatre de ses congénères, situés à proximité immédiate »
, précise Audrey Dussutour.

Ses recherches provoquent des questions en cascade. Qu’est-ce qu’un individu lorsqu’on peut ainsi fusionner ? Qu’est-ce que l’intelligence ? Un système nerveux n’est-il pas indispensable pour apprendre ? D’autres organismes unicellulaires comme des virus ou des bactéries pourraient-ils avoir aussi des formes rudimentaires d’intelligence ?

Audrey Dussutour est entrée en contact avec un chercheur américain qui a montré que lorsqu’il coupait en morceaux un vers plat, les bouts de vers gardaient en mémoire les expériences auxquelles le vers initial avait été soumis… Certaines cellules de notre corps auraient-elles aussi de la mémoire ?

Une conférence sur les formes d’intelligence primitive aura lieu l’an prochain à Vienne et permettra à tous les chercheurs intéressés d’échanger sur ces questions, à vrai dire, assez déboussolantes.

 
  • Pour aller plus loin
Le site internet du CRCA (unité mixte de recherche CNRS / UT3 Paul Sabatier)
« Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans avoir jamais osé le demander », (éditions des Equateurs, 2017)
Une passionnante conférence TEDx d’Audrey Dussutour
Le blog personnel d'Audrey Dussutour

Dates
le 31 mai 2017

Date de mise à jour 30 mai 2017


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