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A la découverte des labos

Sibérie : le dégel, booster du réchauffement climatique ?

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« Une bombe à retardement », c’est ainsi que Jérôme Viers, Professeur à l’université Toulouse III – Paul Sabatier, qualifie la fonte du Permafrost sibérien. D’ici 2100, on estime que les surfaces jusqu’à présent gelées en permanence pourraient être réduites de 90%. Une énorme quantité de matière organique se déverserait alors dans les fleuves, beaucoup de gaz carbonique dans l’atmosphère. Ces phénomènes provoqueraient une forte accélération du réchauffement, prévient le chercheur toulousain.

Forêt de mélèzes à perte de vue, lacs, marécages et tourbières, fleuves immenses à côté desquels le Rhin fait figure de rivière, etc. Jérôme Viers connaît bien ces paysages sibériens. Avec quatre laboratoires français* et autant de partenaires russes, dans le cadre d’un groupement de recherche international (GDRI Car-Wet-Sib), il scrute depuis 2014 l’évolution de ces territoires beaucoup moins étudiés que le grand nord canadien, l’Alaska ou le Groenland.

« Leur accès est difficile. Depuis Moscou, il y a 4 à 6 h de vol pour Tomsk, Krasnoïarsk ou Novossibirsk, puis encore une ou deux heures de vol avant d’atteindre les zones peu habitées où nous faisons des prélèvements. Pendant la période d’été, les routes sont défoncées, on doit avoir des véhicules adaptés. Les moustiques rendent la vie difficile. Les manipulations sont vite compliquées », explique le chercheur.
 
  • Difficultés politiques

Mais ce sont surtout des considérations politiques qui rendent l’étude de la Sibérie moins aisée que celle d’autres régions arctiques. « Le sujet est pourtant crucial. La géographie spécifique de la Sibérie, avec ses vastes zones humides, rend le réchauffement climatique particulièrement problématique. Les changements sont déjà très perceptibles dans le sud sibérien et vont bientôt l’être plus au nord. Nous mesurons leurs effets sur les cours d’eau et sur la végétation, et plus largement sur le cycle du carbone », observe Jérôme Viers.

Son projet de recherche bénéficie des compétences croisées des différents partenaires. Le LEGOS, grâce à ses dispositifs d’observation spatiale, étudie l’évolution des lacs et des cours d’eau. Le laboratoire ECOLAB se centre sur le bassin versant du Lenisseï, un des fleuves les plus puissants de la planète. Les écologues forestiers du GET analysent les modifications de la végétation de Sibérie centrale. Leurs collègues modélisent les conséquences de la fragilisation du Permafrost. Des chercheurs d’un laboratoire orléanais s’intéressent aux tourbières et à l’augmentation de leurs émissions de gaz à effet de serre.
 
  • Les infrastructures s’écroulent déjà

« Certaines conséquences du réchauffement sont encore peu claires. Nous ne savons pas par exemple à quel point la circulation de l’eau sera impactée. Mais nos recherches nous permettent d’ores et déjà d’avancer un certain nombre de résultats. On observe dans les sédiments des lacs de l’ouest sibérien, une forte augmentation de l’activité bactérienne qui engendre des émissions considérables de dioxyde de carbone. La dégradation du Permafrost sur les bassins versants amène pour sa part les fleuves à  charrier vers l’océan arctique des quantités croissantes de matières organiques. Leur dégradation aboutit également à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre »
, analyse le chercheur.

Le réchauffement de la Sibérie pourrait aboutir à terme à un élargissement des terres agricoles. Mais dans l’immédiat, les conséquences néfastes sont déjà très présentes. Les infrastructures conçues pour des sols gelés en permanence s’écroulent dans de nombreux endroits lorsque le Permafrost se fragilise.

« Le risque principal, cependant, n’est pas pour la région. Nous montrons que le dégel partiel de la Sibérie peut engendrer des émissions de carbone qui risquent de considérablement accélérer le réchauffement global de la planète », affirme Jérôme Viers.

*Le laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET), le Laboratoire d’Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales (LEGOS), le Laboratoire d’écologie fonctionelle et environnement (EcoLab) à Toulouse et le Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement (LPC2E) à Orléans.

 
  • Pour aller plus loin

Le site internet du GET (unité mixte de recherche CNRS / CNES / IRD / UT3 Paul Sabatier)
Le site internet du LEGOS (unité mixte de recherche CNRS / CNES / IRD / UT3 Paul Sabatier)
Le site internet d’EcoLab (unité mixte de recherche CNRS / Toulouse INP-ENSAT / UT3 Paul Sabatier)

Dates
le 14 décembre 2017

Date de mise à jour 8 décembre 2017


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