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19 nov.

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A la découverte des labos

SIDA: améliorer la qualité de vie des patients

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Depuis l’arrivée de traitements efficaces en 1996, les patients atteints par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) sont devenus des malades chroniques. Les trithérapies empêchent la multiplication du virus. Mais la reconstitution immunitaire reste insuffisante au sein du système digestif, ce qui crée une inflammation chronique provoquant une accélération du vieillissement. Une équipe du Centre de Physiopathologie de Toulouse Purpan (CPTP), spécialisée dans les infections virales persistantes, tente de mieux comprendre le phénomène. Interview de Stéphanie Raymond, maître de conférences à l’université Toulouse III – Paul Sabatier et praticienne hospitalière.

Le VIH est un virus persistant, dites-vous. On ne peut pas l’éliminer de l’organisme malgré les médicaments. Pourquoi son éradication est-elle si difficile ?
Le VIH, lorsqu’il infecte une cellule immunitaire, pénètre dans son intimité au point d’y intégrer son propre matériel génétique. Il peut la détruire mais aussi la parasiter pendant des années. Or, il faut savoir que les cellules immunitaires ont une durée de vie particulièrement longue car elles jouent un rôle de mémoire contre des substances étrangères. Ce sont ces cellules qui empêchent par exemple qu’on attrape deux fois la varicelle ou la rougeole. Les traitements actuels contre le VIH sont efficaces pour empêcher le virus de se multiplier et d’infecter de nouvelles cellules immunitaires mais ils ne débarrassent pas l’organisme de celles qui ont déjà été pénétrées par le virus au moment où le patient commence à se soigner. Ces cellules parasitées restent dormantes malgré le traitement. L’herpès est une maladie moins grave, mais de la même manière, on ne peut l’éliminer complètement de l’organisme malgré les médicaments.

Pourquoi le système digestif des patients est-il particulièrement impacté?
On croit souvent que les cellules immunitaires se trouvent surtout dans le sang et dans les ganglions, mais en réalité beaucoup d’entre elles sont situées dans le tube digestif. Le virus en détruit un grand nombre. Or les traitements actuels, s’ils parviennent à rétablir un nombre normal de cellules immunitaires saines dans le sang, ne reconstituent pas correctement l’immunité dans le tube digestif, avec comme conséquence le passage de bactéries du tube digestif dans l’organisme du patient. Les conséquences en sont graves : une inflammation chronique qui aboutit à des dommages importants du système cardio-vasculaire, une sorte de vieillissement accéléré.  C’est un sujet d’étude majeur pour notre équipe.

Que peut-on faire ?
Le fait que le patient soit très rapidement détecté et soigné lorsqu’il a été contaminé est fondamental. On a montré que lorsque le traitement était vraiment très précoce, si on le stoppait au bout de 5 ans, 5% des patients ne rechutaient pas car le nombre de cellules que le virus avait atteint avant le début du traitement était resté très faible.  Je travaille par ailleurs sur la manière dont le virus pénètre les cellules. Il y a en fait deux récepteurs différents. Au départ, le virus pénètre presqu’uniquement par le premier, mais au fur et à mesure, il pénètre aussi par le deuxième pour environ la moitié des patients et dans ce cas, leur immunité baisse très vite. Un médicament permet depuis 2007 de bloquer le premier récepteur mais cela ne sert à rien de le donner lorsque le virus utilise aussi le deuxième récepteur. Il est important de bien comprendre les mécanismes en jeu.

Combien de patients sont aujourd’hui concernés par le VIH ?

On estime à 150 000 le nombre de personnes contaminées en France dont 20 000 qui ne le savent pas. Il y a environ 7000 nouveaux cas par an, un chiffre qui ne baisse pas. Grâce à la diffusion gratuite de seringues, les toxicomanes sont moins concernés mais beaucoup de gens omettent de se protéger quand ils ont des rapports sexuels. Il est dit qu’on ne meurt plus de cette maladie. Les traitements, depuis 2009, sont beaucoup mieux tolérés, avec moins d’effets secondaires. Les gens savent aussi que s’ils sont traités efficacement, ils ne sont pas contaminants. Cependant le coût des traitements reste élevé. La trithérapie revient à 800€ par mois par personne en France. Dans les pays pauvres, on arrive à faire baisser les prix mais se posent encore des problèmes importants de logistique. La question des complications liées à l’inflammation chronique à partir du tube digestif n’est pas non plus encore réglée.
 
  • Pour en savoir plus
Site internet du CPTP (Unité mixte de recherche Inserm / CNRS / Université Toulouse III – Paul Sabatier)

Dates
le 26 novembre 2015

Date de mise à jour 25 janvier 2017


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