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22 nov.

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A la découverte des labos

Violence des supporters : un élément du spectacle

Actualité

Pierre Mignot, attaché temporaire d’enseignement et de recherche, en sciences de l’information et de la communication, étudie la représentation des supporters de football dans la presse depuis l’après-guerre. Il montre comment l’extra-sportif a pris une importance croissante dans les médias. La troisième mi-temps intéresse désormais presque autant que les belles actions de terrain. Interview.

Les violences des supporters russes et britanniques à Marseille ont fait la Une des médias pendant plusieurs jours au début de l’Euro. Ce type de phénomène est-il récent ?

Jusqu’aux années 60, la presse sportive se centrait sur le terrain, sur le jeu et parlait moins du public qui fréquentait les stades. Progressivement, on a commencé alors à mentionner ce qui se passait dans les tribunes, à évoquer les supporters comme des spectateurs qui avaient des attentes, des envies. Mais les choses ont véritablement changé à partir des années 80, avec la professionnalisation du football. Il fallait que le spectacle intéresse des foules de plus en plus nombreuses. Par ailleurs, les supporters avaient de moins en moins un contact direct avec les joueurs. Il fallait créer du lien autrement pour qu’ils se sentent participer, qu’on ne les perçoive pas seulement comme des consommateurs qui paient leurs places pour assister à des matchs. C’est à ce moment-là qu’ils ont commencé véritablement à faire partie du spectacle. Les clubs les ont soutenus pour animer les tribunes avec tambours, fumigènes,… ce qui a contribué à faire augmenter les droits de retransmission des matchs. La presse a répercuté les agissements des supporters d’autant plus que cela contribuait à l’accroissement de leurs ventes. Il y avait un effet miroir. En lisant des articles sur les supporters, les lecteurs se voyaient représentés, ils participaient à une aventure collective et ils achetaient donc plus volontiers le journal.

Le traitement par les médias des phénomènes de violence a-t-il changé ?

La violence est un élément spectaculaire. Elle suscite l’effroi et intéresse l’audience des médias. C’est pour cela que les chaînes d’information comme BFM TV ou I Télé retransmettent si volontiers les incidents. Les journalistes ont intérêt à zoomer sur la violence de manière générale car plus d’audience signifie à terme un accroissement des prix des espaces publicitaires. C’est une logique sous-jacente totalement intégrée. On va chercher le spectaculaire où il se trouve, que ce soit sur le terrain ou ailleurs. Quand le match est un peu décevant, il est fréquent que le journaliste démarre son article par la description des « tribunes chauffées à blanc », ce qui permet à la fois d’insister sur le spectaculaire et de créer du lien avec le lecteur. Mais au-delà de ce phénomène, on remarque depuis la fin des années 1970, que la représentation des violences se modifie. Les hooligans sont de plus en plus représentés par leur identité. Les journalistes n’hésitent pas à établir des liens, pour la coupe d’Europe en France, par exemple entre les hooligans russes, représentés comme très organisés, capables de résister à la police, et la politique menée par Poutine.

Il y a une irruption du nationalisme dans la presse sportive ?

L’analyse va beaucoup plus loin aujourd’hui qu’autrefois. Les journalistes sont davantage formés. Depuis les années 80-90, beaucoup sont passés par des écoles de journalisme. Ils sont capables de multiplier les analyses sur les supporters, de manière de plus en plus précise. Ils se documentent, ont recours à des experts. Cela explique en partie l’évolution des articles, n’hésitant pas à établir des liens entre l’actualité sportive et la géopolitique. Le football est un phénomène social total. Décrire un supporter comme un nationaliste combattant correspond à une perception plus générale du danger représenté par tel ou tel pays. En écho, il faut signaler la représentation la plus fréquente des supporters de l’équipe de France, montrés actuellement comme bon enfants, conviviaux, patriotes mais hostiles à la violence. Ce sont des représentations co-construites par les clubs, les supporters et les journalistes.

 
  • Pour aller plus loin
Site internet du LERASS (équipe d’accueil de l’université Toulouse III – Paul Sabatier)
«  Les supporters sont-ils réductibles à des meutes hystériques ? » de Pierre Mignot et son directeur de thèse Robert Boure sur le site Mondes Sociaux
« Etude diachronique des représentations médiatiques des publics du football dans L’Equipe de 1946 à 2010 », Pierre Mignot, thèse de Sciences de l’information et de la communication, Université Toulouse III – Paul Sabatier, LERASS, 2014

 

Dates
le 7 juillet 2016

Date de mise à jour 25 janvier 2017


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