Publié le 1 octobre 2020 Mis à jour le 5 octobre 2020

Doctorante à l’Unité différenciation épithéliale et autoimmunité rhumatoïde (Udear – Inserm / UT3 Paul Sabatier), Nadine Sehran mène des recherches sur les liens entre le système nerveux et le système immunitaire dans le cadre de l'éczema atopique. Découvrez son parcours, ses motivations et ses projets futurs à travers quatre questions.

 

Pourquoi vous être orientée vers la recherche ?

On parle souvent des enfants curieux, des enfants qui s'intéressent à tout, et qui n'arrêtent pas de poser des questions pour comprendre tout ce qui se passe devant leurs yeux et savoir comment, pourquoi et dans quel(s) but(s). J'étais cette enfant. Mon grand intérêt pour le monde scientifique, plus spécifiquement la science de la vie, est né du seul argument que la science pourrait répondre à toutes mes questions, allant de la plus simple à la plus compliquée. J'aime savoir comment se font les choses. Cette appréciation pour le monde scientifique s'est développée tout au long de ma vie, et n'a cessé de s'accentuer, surtout avec l'enrichissement de mes connaissances. De plus, j'ai eu l'occasion de travailler sur une période de cinq ans avec deux associations qui s'occupent de personnes aux handicaps physiques ou/et mentaux. Mes fonctions principales consistaient à accompagner et aider ces personnes lors de leurs activités quotidiennes. Malheureusement, j'ai ressenti la douleur de certaines et je voulais absolument comprendre ce qui se passait "biologiquement". C'est à ce moment-là que mon intérêt pour la recherche s'est ajouté à celui pour la biologie. J'ai donc décidé de poursuivre une carrière qui me permettra d'une part, de comprendre les phénomènes biologiques à l'origine de nombreuses maladies, et d’autre part, de continuer à m’interroger afin de trouver des réponses, si possible.

 

Quel est le sujet de vos recherches actuelles ?

Mes recherches actuelles portent principalement sur les liens entre le système nerveux et le système immunitaire. Nous avons pu montrer qu'un dialogue existe entre les cellules immunitaires de la peau (mastocytes) et les neurones sensoriels innervant la peau, dans le cadre de la dermatite atopique (DA). Cette maladie  inflammatoire de la peau touche  plus de 20% d'enfants et 5% d'adultes et est caractérisée par un eczéma sévère et un prurit intense (sensation de grattage). Nous avons observé que les cellules immunitaires et les neurones sensoriels forment des unités neuro-immunes sensorielles, capables de détecter la présence d'allergènes responsables de la dermatite atopique, et donc de l'inflammation résultante. Nous pensons avoir mis le doigt sur un mécanisme qui constitue une nouvelle piste pour des traitements futurs. La continuité de ce projet se fait sur différents plans. D'une part, nous aimerions bien caractériser les interactions et les différents acteurs de ces dernières, afin que nous puissions définir différentes cibles thérapeutiques et analyser les différents rôles qu'elles jouent dans la modulation du système immunitaire chez les patients atteints de DA.  D’autre part, étant donné le grand impact de l'environnement sur le développement de maladies allergiques, nous aimerions dévoiler de nouveaux facteurs qui pourraient être responsables du déclenchement ou de l'aggravement de la dermatite atopique.







null
© Fondation L'Oréal

 

Quels conseils donneriez-vous à une jeune lycéenne / étudiante qui aimerait se lancer dans une carrière de chercheure mais n’ose pas ?

Le premier conseil que je donnerais à cette jeune lycéenne serait plutôt une affirmation pour lui dire que c'est normal qu'elle ne sache pas quoi faire ou qu'elle se sente perdue dans son choix de carrière. Je l'ai vécu, et je crois que tout le monde l'a ressenti à un moment, surtout aux moments de transition. Mon deuxième conseil serait de ne pas avoir peur d'intégrer le monde de la science, juste parce qu'il est gouverné par des gens "puissants" et compétents, ou parce que c'est un monde connu pour être propre au sexe masculin vu que la plupart des chefs sont de ce genre. Tout le monde a dû commencer au point zéro, la puissance a été acquise, et c'est par apprentissage et épanouissement personnel que les compétences ont été développées, que ce soit chez les femmes ou les hommes. C'est son effort personnel, et les connaissances acquises tout au long de sa carrière qui lui permettront d'atteindre le poste dont elle a toujours rêvé. Il faut vraiment travailler sur le fait de ne pas être impactée par le syndrome de l'imposteur, que ce soit lors du choix de la carrière, ou bien durant cette dernière, même  si ce n'est pas toujours évident. Troisièmement, et honnêtement, je lui dirais que ça va être difficile et long, mais agréable. Ce sont les petites victoires de tous les jours qui lui serviront de motivation pour continuer et progresser. Finalement, le meilleur conseil que je pourrais lui donner, c’est de faire toujours son maximum et d'essayer de ne jamais lâcher prise ou abandonner ; d’être patiente. Il y aura des jours où tu auras des doutes sur ton choix, c’est normal ! Mais il faut faire en sorte de se relever et si tu penses que tu as tout  donné, tu pourras toujours donner  plus ! Aime ce que tu fais, et tu verras que la science ne sera plus un boulot mais plutôt un mode de vie.

 

À quels projets allez-vous consacrer l’argent de la bourse qui vous a été attribuée ?

La bourse qui m'a été attribuée servira à des usages très différents mais complémentaires. D'une part, c'est une récompense importante que je désire utiliser pour nourrir mon savoir et développer mes compétences et mon épanouissement personnel. J'aimerais consacrer une partie de cette bourse pour ma formation continue, en l'utilisant pour suivre différentes formations, pas nécessairement en lien avec ce que je fais, peut-être ne seront-elles même pas scientifiques, mais des formations qui se complètent et me permettront de développer  des stratégies indispensables pour ma carrière. J'aimerais aussi utiliser une partie de la bourse pour commencer à dessiner mes prochains pas, visiter des laboratoires qui pourraient m'intéresser pour ma carrière postdoctorale, même si la crise sanitaire actuelle constitue un obstacle pour ces derniers objectifs.
D’autre part, l'éducation est pour moi le pont qui permettra à toute personne d'atteindre son objectif peu importe sa nature, et quel que soit le domaine. C'est dommage qu'en 2020, il existe toujours des enfants qui n'ont pas accès à la moindre éducation. Je trouve que l'éducation constitue un droit naturel, et c'est en fonction de l'éducation et des compétences qu'elle développe, qu'une personne pourrait sortir du lot et être sélectionnée pour n'importe quel poste, et non pas la race, le genre, l'apparence, etc. C'est pour cela que j'aimerais consacrer une partie de la bourse pour essayer de mieux transmettre des connaissances, même les plus basiques (biologiques ou autres) aux personnes qui n'ont pas accès à ce monde infini d'informations. L'ignorance est un défaut dangereux qui limite les rêves des gens et qui est responsable de nombreux problèmes graves auxquels notre monde fait face.




Découvrez le portrait des trois lauréates 2020.