Le paléoenvironnement, les conditions environnementales mais aussi les activités humaines structurent la biodiversité des poissons d’eau douce de Guyane
Publié le 3 janvier 2023–Mis à jour le 3 janvier 2023
La Guyane présente un réseau hydrographique dense avec sept bassins versants majeurs qui abritent plus de 400 espèces de poissons, et représente près de 76 % de la faune piscicole d’eau douce française. Ce territoire qui occupe 1 % de la surface de la région amazonienne est également le mieux préservé et couvert à plus de 90 % de forêt équatoriale. La Guyane est soumise à une forte croissante démographique (2.5 % / an) qui s’accompagne d’une hausse des activités humaines. En parallèle, elle fait aussi face au développement de l’activité minière, légale comme illégale. Une étude portée par des scientifiques du laboratoire Évolution et diversité biologique (EDB - CNRS/IRD/UT3) montre que la biodiversité piscicole de Guyane est structurée de manière complexe, tant par des processus historiques régionaux que naturels locaux et anthropiques, chacun influençant différemment la composition en espèces et les fonctions supportées par cette biodiversité. Ces résultats font l'objet d'une publication dans la revue Global Change Biology.
Une des grandes questions de l’écologie est de comprendre comment est distribuée la biodiversité sur un territoire et quels sont les facteurs responsables de cette distribution spatiale. De plus, la biodiversité peut être appréhendée sous un angle taxonomique (nombre et identité des espèces) ou sous un angle fonctionnel (diversité et nature des fonctions qu’exercent les espèces). Ainsi les facettes taxonomique et fonctionnelle de la biodiversité sont complémentaires et peuvent être structurées différemment.
Des scientifiques du laboratoire toulousain EDB, accompagnés d'équipes internationales, ont étudié la structuration spatiale des poissons d’eau douce à l’échelle du territoire guyanais et l’importance de différents processus influençant cette structuration. Pour cela, la faune piscicole de 85 sites a été inventoriée le long du Maroni, de l’Oyapock et du Sinnamary. Grâce à ces inventaires, les chercheurs ont démontré que la diversité taxonomique des poissons de Guyane était structurée par l’histoire géographique de ces trois bassins versants. Plus particulièrement, la différence de faune piscicole entre ces fleuves est liée à un isolement ancien des bassins versants, antérieure au dernier maximum glaciaire (-20 000 ans). En revanche, l’isolement de ces bassins ne structure que faiblement la diversité fonctionnelle, car la faune piscicole des trois fleuves présente des fonctions similaires.
Au nord-est de la Sibérie, plusieurs siècles d’expansion impériale russe, initiée par les Cosaques, ont légèrement modifié la biologie des populations autochtones de Yakoutie. Les analyses génétiques et microbiennes de 122 individus inhumés entre le XIVe et le XIXe siècle révèlent une stabilité remarquable malgré les bouleversements culturels, sanitaires et alimentaires. C'est ce que démontre une étude internationale coordonnée par des scientifiques de l’Université de Toulouse et du CNRS au sein du Centre d'anthropobiologie et de génomique de Toulouse (CAGT), parue dans Nature le 7 janvier. Ces résultats, obtenus grâce à l’exceptionnelle préservation des sujets dans le pergélisol sibérien, éclairent d'un jour nouveau l'histoire d’un peuple autochtone d’une région marquée par l’un des climats les plus extrêmes de la planète.